Global migration: in need of a global response

Sergio Marchi

En 2009, la Commission internationale catholique pour les migrations (Catholic Migration Commission - ICMC) a lancé la première phase de son processus de ‘dialogue’ par des réunions avec différents responsables d’agences clés intéressées par les différents aspects de la migration (OIM, UNHCR, OIT, UNITAR, PNUD). Cet article est en grande partie basé sur ces discussions. 1Depuis, d’autres tables rondes  et réunions gouvernementales ont eu lieu à Bruxelles, New York et Washington, notamment une session avec les ambassadeurs auprès des Nations Unies à New York.

Malgré la dimension mondiale de la migration, ce sont les réponses nationales qui sont favorisées au détriment des réponses partagées mondialement, et ce, même si de nombreuses nations ne disposent toujours pas d’un programme national complet pour traiter les questions de migration.

Le régime des réfugiés qui est à l’origine d’un système international, en est l’exception. Il n’est toutefois pas bien intégré aux autres formes de migration, et toute réponse mondiale à la migration doit être connectée aux défis et aux particularités que pose la migration forcée en tant que sous-catégorie. Il existe, par exemple, des problèmes profonds relatifs à l’identité et à la typologie des migrants.

En matière de politique migratoire nous poursuivons généralement des stratégies en grande partie nationales. De nombreuses initiatives ont, par le passé 2, argumenté de manière convaincante en faveur d’une approche mondiale plus coopérative et collaborative de la gestion de la migration internationale mais elles se sont toutes finalement soldées par un échec.  Comment les pays peuvent-ils s’aider les uns les autres à trouver des mesures internationales se renforçant mutuellement et grâce auxquelles traiter plus efficacement leurs pressions migratoires locales respectives ?

Un cadre de travail international

L’idée de ‘gouvernance mondiale’ peut paraitre intimidante à certains, et d’autres peuvent craindre que cela n’entraine inévitablement la création d’une nouvelle agence supranationale. En des termes simples, établir un cadre international pour l’élaboration d’une politique sur la migration n’implique cependant pas en premier lieu une perte ou une dévolution d’autorité de la part des gouvernements. Dans un univers où la mondialisation continue de s’accélérer, la réalité est que les employeurs, les trafiquants, les réseaux de migrants, les agents et les individus eux-mêmes ont déjà pris les choses en mains. Améliorer et établir des mesures nouvelles de gouvernance est nécessaire pour rationnaliser, améliorer et superviser ces initiatives ad hoc. Et ce défi ne concerne pas seulement quelques gouvernements ou les nations nanties. Il n’est d’ailleurs plus possible de diviser les nations entre pays ‘de départ’ et ‘d’accueil’.

En tant que problème, la migration internationale ne fera qu’accroitre son importance publique et politique. Nombreux sont ceux qui pensent qu’un cadre institutionnel amélioré, complet et comprenant des fondements normatifs et des processus régionaux cohérents est une nécessité. Une structure mondiale de gouvernance de ce type devrait s’appuyer sur des processus et des accords existants nationaux, bilatéraux et régionaux, qui ont servi jusqu’à maintenant de gouvernance ‘douce’ en matière de migration mondiale : dialogues bilatéraux, régionaux et mondiaux ; structures et coopérations supranationales (ex : UE) ; agences multilatérales ; et cadres légaux internationaux.

Un forum international permanent et officiel – au sein duquel la politique sur la migration pourrait être régulièrement discutée et où une action collective appropriée serait décidée – pourrait aider les pays à établir des politiques sur la migration cohérentes et globales au niveau national, notamment en intégrant plus efficacement les questions de migration aux politiques étrangères et de développement des différents pays. Des réunions internationales régulières des ministres responsables de la migration pourraient se tenir sous son auspice, leur permettant d’engager le dialoguer avec leurs pairs en matière de législation, de régulation, de pratique et d’expérience relatives à la politique sur la migration. Un tel forum devrait également, dans un effort pour formuler de meilleures stratégies et afin de provoquer l’engagement des citoyens nationaux respectifs, créer des opportunités permettant aux parlementaires de discuter les questions relatives à la migration.

Une étape essentielle consisterait à articuler et documenter les avantages spécifiques que pourraient retirer les pays qui adopteraient un cadre de travail international pour la prise de décisions en matière de migration. Cela à son tour exigerait une campagne publique constructive pour promouvoir l’importance d’une gouvernance mondiale en matière de migration auprès des dirigeants politiques, des décisionnaires, des médias et du public.

Il serait également possible d’améliorer  les processus actuellement en vigueur, comme le Groupe mondial 3 sur la migration et le Forum mondial sur la migration et le développement 4 ; les relations entre les différentes agences spécialistes de la migration ; et les partenariats avec la société civile  et le secteur privé. Nécessaire également, serait de s’assurer que le dialogue de haut niveau des Nations Unies sur la migration et le développement prévu pour 2013, se concrétise sous la forme d’un dialogue interactif et orienté vers des résultats, et ne se borne pas à une collection de déclarations indépendantes.

La migration comporte également un aspect plus sombre, plus décourageant. Certains de ceux qui émigrent vivent une expérience décevante, d’autres utilisent le processus de la migration à des fins douteuses, alors qu’ils sont bien trop nombreux à profiter du désespoir qui entraîne tant de personnes à vouloir ou devoir migrer.  

Ceci étant dit, la migration reste largement une opportunité – à la fois pour les migrants et pour les nations. Les migrants sont des rêveurs et des entrepreneurs. Ils risquent souvent tout --- y compris leurs vies --- pour un avenir différent et meilleur. Et à son tour, la richesse de leurs idées, de leurs expériences et de leurs énergies contribue  à renouveler, régénérer et reconstruire les sociétés. Mais le sujet de la migration est également un sujet hautement émotionnel qui provoque des craintes et des perceptions dangereuses qui créent de l’anxiété chez les citoyens de tous horizons, dans tous les pays.

Pour toutes ces raisons et contradictions, les gouvernements doivent éviter les pièges d’une stratégie isolationniste de la migration et il leur faut de la candeur et du courage lorsque les réalités et les pressions exigent d’eux qu’ils repensent leur politique. Pour aider les nations à maximiser les opportunités que leur offre la migration, tout en répondant de manière plus adéquate aux défis qui les accompagnent, les dirigeants politiques doivent guider nos gouvernements et nos institutions en leur apportant la vision internationale et la direction qu’exige une migration mondialisée.

 

Sergio Marchi (smarchi@ictsd.ch) est Conseiller spécial auprès du Secrétaire général de la Commission internationale catholique pour la migration. Il est aussi Membre éminent du Centre pour le commerce et le développement durable, et enseigne au Département des relations internationales de l'Université de Webster.  Il a été Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration pour le Canada, et Ambassadeur du Canada auprès des Nations Unies et de l’OMC à Genève, et Commissaire de la Commission mondiale des Nations Unies sur la migration internationale.

1 Connecting the Dots [Relier les points] disponible sur http://www.icmc.net/pubs/connecting-dots

2 Commission Willy Brandt en 1980; Commission de gouvernance globale en 1993; Nouveau régime international pour des mouvements ordonnés de personnes en 1997; Initiative de Berne en 2001; Commission sur la sécurité humaine en 2001; Dimension sociale de la mondialisation en 2004;  Commission mondiale sur les migrations internationales en 2005.

 

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