Le combustible de cuisson : une problématique transversale aux clusters

Le combustible de cuisson est une  problématique cruciale qui touche à pratiquement toutes les facettes de la vie quotidienne de millions de familles. Parce qu’elles passent la plus grande partie de leur temps auprès de foyers pendant qu’elles cuisinent, les femmes et les enfants sont particulièrement vulnérables face à toute une série de problèmes de santé, notamment des maladies des yeux et des poumons. Les femmes et les filles déplacées par un conflit ou une catastrophe naturelle risquent également le viol et l’agression sexuelle lorsqu’elles quittent la sécurité relative des camps pour ramasser du bois de cuisson afin de pouvoir cuisiner la nourriture fournie par les agences humanitaires, ou le vendre.

A mesure que les arbres et d’autres types de végétation ont été récoltés, les femmes et les filles doivent marcher de plus en plus loin pour trouver du bois ce qui accroît d’autant leur vulnérabilité. De plus, il n’est pas rare que les filles manquent des opportunités d’éducation lorsqu’elles passent chaque jour de longues heures à chercher du bois de cuisson ou qu’elles restent à la maison pour surveiller leurs frères et sœurs plus jeunes pendant que leurs mères vont chercher du combustible. Les jeunes filles sont également les victimes les plus fréquentes de brûlures de tous types dues à des feux ouverts mal surveillés.

De telles conséquences recoupent différents secteurs traditionnels de la réponse humanitaire et ne cadrent pas précisément avec les mandats existants des ONG et des agences onusiennes opérationnelles – ou encore avec le système cluster. Il en découle que les initiatives relatives au combustible domestique restent souvent ad hoc et ne tiennent pas compte des leçons tirées dans d’autres secteurs ou régions.

Depuis 2007, la communauté internationale dirigée par la Women’s Refugee Commission et soutenue par USAID, a élaboré des guides de portée mondiale permettant de se pencher sur la nécessité de garantir un accès sécurisé à des combustibles de cuisson appropriés dans les situations humanitaires dès le début d’une urgence. Créés par le Groupe de travail du Comité permanent interorganisations pour un Accès sécurisé au bois de feu et à des énergies alternatives dans les situations d’urgence (Groupe de travail SAFE du CPI) et avalisés par le Groupe de travail du CPI, ces guides comprennent : a) un ‘modèle’ des rôles et responsabilités des agences quant au développement d’une stratégie coordonnée, relative au combustible qui définisse les activités clés à mettre en place pour obtenir une réponse effective en termes de combustible dans les cas de crises humanitaires nouvelles ou en cours ; et b) un ‘arbre à décisions’, des diagrammes illustrant des facteurs qui peuvent déterminer le choix d’une stratégie relative au combustible, comme différents aliments de base ou habitudes alimentaires.

Les informations ont été tirées du site de la Women’s Refugee Commission. Voir : http://womensrefugeecommission.org/programs/firewood (en anglais) pour consulter ces documents et d’autres encore liés à ce sujet. Voir également  International Network on Household Energy in Humanitarian Settings sur : http://www.fuelnetwork.org/ (s’y trouve le contenu de l’atelier SAFE ainsi que le matériel de formation).

 

Combustible de cuisson : le combustible de la crise

Jean-Claude Mizaba-Bampa

Les humanitaires ne s’occupent pas avec suffisamment de fermeté de la question du combustible, et ils se trompent souvent parce que chaque population apporte avec elle  dans ses nouvelles circonstances, ses coutumes et ses usages quotidiens dans sa manière d’utiliser le combustible. 

En RDC, comme en Afrique de manière générale, cuisiner est une affaire de femmes et ce sont les femmes qui doivent trouver le combustible pour pouvoir cuisiner pour la famille. Selon notre culture, pour nous nourrir nous devons cuisiner sur un feu. Pour faire ce feu les femmes sortent dans la forêt pour trouver du bois – c’est leur manière de faire ; au contraire de ce qui se passe aujourd’hui, avant la forêt  était une propriété commune dont tout le monde pouvait se servir. Mais maintenant dans les endroits où il y a du bois disponible les femmes sont à la merci des attaques des milices qui veulent les empêcher de trouver du bois de feu ou leur font subir des actes inhumains.

Les agences humanitaires doivent considérer le rôle du combustible de cuisson comme crucial – à la fois pour les personnes déplacées et pour la population d’accueil. Lorsqu’il n’y a pas de bois disponible ou lorsque le fait d’en prendre peut causer un conflit avec la population locale, les humanitaires apportent parfois des ‘fourneaux améliorés’.  Il a récemment  été fourni un nouveau type de briquettes de charbon de bois faites à partir de sciure et de papier et spécialement conçues pour que les familles déplacées puissent les utiliser sur des fourneaux portables.

Il n’y a jamais eu de solution adéquate à ce problème dans les crises humanitaires. Lors d’un atelier organisé à Goma par la Women’s Refugee Commission la réalité a été abordée – même lorsque les gens sont déplacés ils ont besoin de pouvoir cuisiner comme ils en ont l’habitude, ils ont besoin de se chauffer et de se protéger du froid de la nuit.

Notre organisation est convaincue qu’il pourrait s’avérer précieux de rassembler les expériences des crises liées au bois de feu dans de nombreux pays différents afin d’améliorer la réponse humanitaire.

Jean-Claude Mizaba-Bampa (rdcasdisuniv@yahoo.fr] est Représentant Résident de l’Association pour la Solidarité, le  Développement et l’Intégration Sociale (ASDIS-Universelle) à Goma.

 

Ateliers de SAFE en RDC

Josué Sefu Aruna

En 2010, à Bukavu et Kamituga, dans le Sud-Kivu, nous avons organisé deux ateliers de formation sur l’Accès au bois de feu et aux énergies alternatives dans les situations humanitaires [Safe Access to Firewood and alternative Energy in Humanitarian Settings –SAFE] à l’intention des organisations locales qui comme nous-mêmes s’engagent à travailler en favorisant la stabilité et la durabilité en RDC.

Nous avions précédemment participé à un atelier de deux jours organisé à Goma en février 2010 par la Women’s Refugee Commission et où nous avions rencontré d’autres représentants d’ONG locales ainsi que des représentants d’agences comme le HCR, PAM, CARE, World Vision et Mercy Corps. La première journée avait été consacrée à l’atelier général sur le guide SAFE et à comment, quand et pourquoi l’appliquer. Une  session de ‘formation de formateurs’ a eu lieu pendant la deuxième journée, destinée à aider les participants  à acquérir les compétences nécessaires pour organiser leurs propres ateliers, soit pour d’autres employés à l’intérieur de leur agence, ou pour d’autres agences, des bénéficiaires ou des membres du gouvernement local.  

Lors de nos propres ateliers, les participants ont pu appréhender la nature multisectorielle des problèmes relatifs au bois de feu, ils se sont rendus compte qu’il n’existe pas d’agence ou de cluster dont le mandat unique serait de travailler dans ces domaines et que le bois de feu est non seulement lié à l’environnement mais aussi à la protection, la santé, la nutrition et l’abris. Nous avons discuté des rôles et des responsabilités, et nous nous sommes interrogés sur la manière de développer des stratégies coordonnées relatives au bois de feu dans le cadre des situations d’urgence et de déplacement prolongé.
 
Notre premier atelier à Bukavu, nous a permis à nous-mêmes et à nos partenaires de nous rencontrer pour la première fois en tant que groupe, et d’échanger nos expériences et nos informations afin d’améliorer les activités liées à la fourniture de combustible dans un contexte humanitaire. Travailler dans une zone aussi vaste géographiquement présente des difficultés logistiques énormes pour assurer le suivi de la formation, et nous devons continuer à travailler en collaboration avec la communauté internationale pour résoudre ces défis.

Josué Sefu Aruna (arunasefu@yahoo.fr) est Coordinateur de l’Association des Agriculteurs Sans Frontières (AASF) à Bukavu.

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