L’éducation : un élément critique de la prévention et de l’atténuation du VIH

Une éducation préventive de bonne qualité, formelle et informelle, peut apporter les connaissances et les compétences nécessaires pour prévenir le VIH et se prémunir des conséquences du sida.

Les interventions éducatives en situation d’urgence devraient intégrer des informations sur la prévention et la mitigation du VIH afin de garantir que les enseignants, tout comme les apprenants, continuent de se sentir soutenus et à l’abri des infections. L’éducation peut constituer l’un des points d’entrée pour la santé, la protection et les autres secteurs qui travaillent sur la prévention et les interventions contre le VIH et qui orientent les personnes séropositives vers les services dont elles ont besoin. Il s’agit également d’un droit fondamental inscrit dans la Convention de l’ONU relative aux droits de l’enfant et dans un Commentaire Général qui l’accompagne et qui souligne les obligations des gouvernements pour s’assurer que les enfants « ont la possibilité d’acquérir les connaissances et les compétences pour se protéger et protéger les autres alors qu’ils commencent à vivre leur sexualité » (traduction).(1)

Malheureusement, en matière d’éducation dans les situations d’urgence, l’accès aux informations et aux services relatifs au VIH et à la santé sexuelle et reproductive est généralement désordonné et se fait principalement par le biais de programmes destinés aux jeunes ou dans le cadre d’activités menées auprès de jeunes personnes dans les centres communautaires. L’inclusion de ces questions aux programmes scolaires officiels est moins fréquente. Les messages-clés ne sont pas toujours exacts ; la méthode d’enseignement utilisée est généralement théorique, et comprend parfois une courte visite d’une infirmière travaillant dans un centre de santé. Cette forme d’enseignement se caractérise généralement par une absence d’engagement actif de la part des étudiants, de développement de compétences vitales et critiques et d’apprentissage pratique.

Le Réseau inter-institutionnel pour l’éducation dans les situations d’urgence (INEE) a récemment mis à jour ses Normes minimales pour l’éducation : Préparation, intervention et relèvement(2) pour aider les praticiens et les responsables politiques à comprendre non seulement comment le VIH concerne tous les aspects d’une intervention éducative mais également comment ces interventions sont l’occasion de prévenir de nouvelles infections et d’atténuer l’impact du VIH.

L’éducation en matière de VIH/sida est une intervention impérative qui sauve des vies mais les praticiens de l’éducation ne devraient pas commencer à élaborer leurs programmes sans garder à l’esprit le contexte spécifique d’une intervention d’urgence. Pour améliorer la qualité des programmes et garantir la sensibilité culturelle, il sera nécessaire de travailler avec les communautés, les enseignants, les comités d’école, les associations de parents d’élèves et les apprenants eux-mêmes pour déterminer, planifier, mettre en œuvre, suivre et évaluer les interventions éducatives.

Il sera également critique d’analyser le contexte et de coordonner les activités avec le secteur de l’éducation et les autres acteurs participant à l’intervention humanitaire dans les domaines de la santé, de la protection et de l’alimentation. Les acteurs de l’éducation ne disposeront pas forcément des capacités pour entreprendre une analyse exhaustive de la nature et du type d’épidémie de VIH dans un contexte particulier. Toutefois ils pourront travailler avec d’autres acteurs pour déterminer le degré de prévalence du VIH et recueillir des informations sur les populations les plus vulnérables et les plus exposées aux risques. Ces informations permettront d’aider les praticiens à identifier le contenu éducatif le plus adapté et à commencer à définir les mécanismes d’orientation possibles.

Il est particulièrement important, lorsque l’on considère comment mieux prévenir et atténuer les effets du VIH pendant les crises, de respecter les principes de participation, d’analyse et de coordination et de reconnaître qu’une éducation de bonne qualité peut réduire la vulnérabilité des apprenants face au VIH et au sida. Les programmes éducatifs devraient tous inclure les questions relatives au VIH et considérer des interventions ciblées, telles que les suivantes : 

Accès à la protection et à la provision de services au travers de l’éducation: Dans les situations d’urgence, les enfants et les jeunes personnes sont souvent plus exposés au risque de transmission du VIH ou plus susceptibles d’être touchés par le VIH. L’éducation peut apporter un soutien, de même que des habitudes et des structures, qui réduisent les comportements à risque et renforcent la protection. Les praticiens de l’éducation devraient également travailler avec les collègues de la santé et de la protection afin de mettre en place des systèmes d’orientation pour les apprenants touchés par le VIH et qui ont besoin de services de santé, sociaux ou psycho-sociaux.

Enseigner et apprendre la prévention et l’atténuation: Alors que le VIH, la santé sexuelle et la santé reproductive ne sont pas forcément inclus dans les programmes scolaires formels dans des circonstances normales, une crise offre l’occasion d’aborder ces questions dans les écoles et d’impulser une réforme du programme scolaire. Les acteurs internationaux devraient travailler auprès des communautés et des autorités responsables de l’éducation nationale pour définir un contenu qui soit adapté à l’âge des apprenants et qui intègre les problématiques de genre. Les programmes scolaires devraient aborder les connaissances, attitudes, comportements et pratiques spécifiques au contexte en donnant des informations scientifiques exactes. Pour développer les aptitudes à la vie quotidienne, il est particulièrement important de recourir à des processus d’apprentissage participatif tels que le brainstorming, le travail en petits groupes, les jeux de rôle, les débats ou la narration d’histoires. Des enseignants bien formés, suivant un programme scolaire soigneusement mis au point, peuvent également aider les apprenants à devenir plus compréhensifs et plus tolérants, contribuant ainsi à la réduction de la stigmatisation et de la discrimination dont sont victimes des personnes séropositives.

Travailler avec le personnel éducatif: Les enseignants et autres éducateurs devraient bénéficier de l’appui des institutions et des communautés, afin qu’ils puissent aborder le VIH et le sida aussi bien dans leur propre vie que dans la vie de ceux à qui ils enseignent. Dans certaines situations d’urgence, le corps enseignant sera parfois lui-même sévèrement touché par le VIH et il sera donc nécessaire de recruter des remplaçants, du personnel de soutien ou des bénévoles. Il faut aussi reconnaître qu’éducation n’est pas nécessairement synonyme de protection. Travailler à l’élaboration d’un code de conduite avec les enseignants, les apprenants et les communautés pourra permettre de s’assurer que l’exploitation sexuelle, les violences sexuelles et d’autres formes de violences sexistes ne sont pas tolérées et que, si nécessaire, des sanctions seront prises.

Il faut reconnaître le rôle que joue l’élaboration de politiques pour garantir que le secteur éducatif soit préparé à aborder la question du VIH et s’y engage. L’inclusion de l’éducation des populations touchées par les crises dans les stratégies nationales de lutte contre le VIH/sida, dans les projets du secteur éducatif et dans les plans de préparation aux situations d’urgence crée des synergies entre les acteurs de l’éducation et de la lutte contre le VIH. Des efforts restent toutefois à faire pour garantir que les interventions d’urgence saisissent pleinement toutes les occasions pour impulser un changement favorable.

  • Il est crucial d’analyser les données et les informations collectées avant la crise par d’autres secteurs et, le cas échéant, d’inclure les questions relatives au VIH aux évaluations des besoins en matière d’éducation participative. Il est vital de disposer de données désagrégées en fonction de l’âge et du sexe.
  • Les pratiques des donateurs et les mécanismes de financement d’urgence devraient agir de manière systématique pour aborder le VIH dans les situations d’urgence, de la même manière que l’on s’attend aujourd’hui de la part des bailleurs de fonds humanitaires qu’ils soient sensibilisés aux sexospécificités et qu’ils intègrent les problématiques de genres.
  • Une meilleure coordination est nécessaire entre, d’un côté, les acteurs nationaux et internationaux de la lutte contre le VIH et, d’un autre côté, les acteurs du secteur éducatif, de manière à pouvoir agrandir l’échelle des interventions éducatives relatives au VIH qui se font de manière ad hoc ou sur une petite échelle.

Afin de renforcer leur enseignement du VIH/sida, les praticiens peuvent s’inspirer des Normes minimales de l’INEE, des Directives concernant les interventions relatives au VIH/sida dans les situations d’urgence(3) du Comité permanent interorganisations et de directives complémentaires élaborées par l’Équipe spéciale sur le VIH/sida de l’INEE. Une approche holistique, touchant l’ensemble du secteur, doit porter sur l’enseignement primaire, secondaire et tertiaire et sur les programmes formels, non formels et informels au cours de la préparation aux urgences, de l’intervention et du relèvement.

Marian Hodgkin (marian@ineesite.org) est coordinatrice des partenariats et de la gestion du savoir pour le Réseau inter-institutionnel pour l’éducation dans les situations d’urgence (INEE http:// www.ineesite.org). Marian Schilperoord (schilpem@unhcr.org) est membre de l’Équipe spéciale de l’INEEsur le VIH/sida et spécialiste de la santé publique et du VIH chez l’UNHCR.
 

 

Avis de non responsabilité : Les avis contenus dans RMF ne reflètent pas forcément les vues de la rédaction ou du Centre d’Études sur les Réfugiés.
Droits d’auteur : RMF est une publication en libre accès (« Open Access »). Vous êtes libres de lire, télécharger, copier, distribuer et imprimer le texte complet des articles de RMF, de même que publier les liens vers ces articles, à condition que l’utilisation de ces articles ne serve aucune fin commerciale et que l’auteur ainsi que la revue RMF soient mentionnés. Tous les articles publiés dans les versions en ligne et imprimée de RMF, ainsi que la revue RMF en elle-même, font l’objet d’une licence Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (CC BY-NC-ND) de Creative Commons. Voir www.fmreview.org/fr/droits-dauteurs pour plus de détails.

facebook logo Twitter logo RSS logo

Forced Migration Review
Refugee Studies Centre
Oxford Department of International Development
University of Oxford
3 Mansfield Road, Oxford OX1 3TB, UK
fmr@qeh.ox.ac.uk  +44 (0)1865 281700
skype: fmreview