Les leçons positives du printemps arabe

Dans le monde d’aujourd’hui, les déplacements forcés se caractérisent par plusieurs facteurs : des déclencheurs multiples et imprévisibles ; des nombres écrasants de personnes en fuite sur une courte période de temps ; et la destruction, trop souvent pour des générations, de communautés entières en quelques jours. Que ce soit de part et d’autre des frontières internationales ou à l’intérieur de leur propre pays d’origine, les personnes déplacées sont le plus souvent accueillies avec une générosité remarquable par des individus et des communautés hôtes, sans parfois réussir à obtenir l’assistance internationale dont elles auraient besoin pour soulager leur misère ou sans  rencontrer la volonté politique pour résoudre leur détresse.

L’exode de Libye constitue un microcosme dans lequel se retrouvent toutes ces caractéristiques. Suscitées par un acte individuel de résistance en Tunisie, les manifestations pacifiques qui ont eu lieu en Libye n’ont rencontré que l’oppression, et dès la fin du mois de février les postes frontières avec la Tunisie, qui auparavant voyaient passer 1 000 personnes par jour, en recevaient ce nombre mais par heure. Des communautés entières ont pris la fuite, en laissant derrière elles leurs maisons et les économies de toute une vie, les plus fortunés s’efforçant de transporter tout ce qu’elles peuvent, matelas et couvertures par exemple. Les scènes dont j’ai été témoin au cours de mes visites sur la frontière pendant la crise étaient consternantes, des foules effrayées et désorientées encore sous le choc suite à la violence à laquelle elles venaient d’échapper et face à l’incertitude qui les attendait.

La réponse des Tunisiens ordinaires a été remarquable par son altruisme. J’ai vu des villageois partager leurs maisons et leurs terres alors que d’autres parcouraient des kilomètres en voiture pour apporter des sandwiches aux personnes coincées dans la foule à la frontière. Le fait que la Tunisie, qui émergeait à peine de la tourmente de son propre « printemps arabe », ait maintenu sa frontière ouverte est également digne d’être remarqué. À cette occasion, la communauté internationale a joint ses forces. Elle a envoyé des avions pour rapatrier les travailleurs migrants et, dans le cas des réfugiés elle a offert des places de réinstallation pour que des personnes déplacées une seconde fois, en provenance de Libye puissent recommencer une nouvelle vie. 

La coordination et la promptitude de l’assistance et de la protection étaient cruciales, alors que nous étions témoins d’une prolifération de nouveaux conflits – au Mali, en Syrie et au Soudan – qui s’ajoutaient « aux anciens », et notamment à ceux de République Démocratique du Congo, de Somalie et d’Afghanistan. Malheureusement, et parce que le monde crée des déplacements plus rapidement qu’il ne produit des solutions, nous devons être en mesure de nous concentrer sur plus d’une tragédie à la fois. Il s’agit là essentiellement de problèmes politiques qui requièrent des réponses politiques, et les agences humanitaires comme la mienne ne sont pas en mesure d’éviter ou de mettre fin aux déplacements toutes seules. La réaction en réponse à l’exode de Libye a démontré ce qu’il était possible de faire, pour autant que la communauté internationale en ait la volonté.

Je me félicite que ce numéro de la Revue Migrations Forcées examine ce qui a été accompli et souligne les difficultés encore à résoudre. Notre travail commun qui consiste à trouver des réponses et des solutions politiques doit être sous-tendu, de manière systématique,  par un apprentissage de ce type. 

    

António Guterres est Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés. Pour plus d’information, veuillez-vous adresser à  Adrian Edwards, Directeur des relations avec les médias et porte-parole du HCR edwards@unhcr.org

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