Des Mexicains demandent l’asile politique

Le fait de s’associer face à une situation de cette gravité renforce le courage et la confiance des personnes concernées et leur procure un soutien émotionnel, social et, par-dessus tout, juridique et politique.

La lutte militarisée contre les cartels de la drogue au Mexique qui a débuté en 2008 a entrainé une augmentation sans précédent des violations des droits de l’homme à l’égard de la population qui s’est trouvée prise au piège entre les criminels et les forces armées et la police. Cette situation a entrainé à son tour un exode massif, 230 000 personnes ont quitté la zone frontière entre 2007 et 2010, et pratiquement 20 000 lieux d’habitation ont été abandonnés. De nombreuses personnes parmi celles-ci venaient d’autres régions du Mexique et sont retournées dans leur zone d’origine.

Il est estimé qu’environ 124 000 personnes ou plus, sur celles qui ont décidé de se déplacer sont entrées au Texas en traversant la frontière des États-Unis ; dans la grande majorité des cas, ces personnes n’avaient aucune intention d’émigrer aux États-Unis avant cet épisode de violence mais la peur les a contraintes à fuir.

Traverser la frontière implique une série de conséquences juridiques que les personnes qui cherchent un refuge temporaire n’imaginent pas. C’est là un point important à la lumière des débats violents qui ont actuellement lieu au Mexique sur le sujet du déplacement interne causé par la violence qui règne dans le pays. Traverser la frontière ne semble pas être un choix stratégique mais plutôt un choix pratique qui s’appuie sur la proximité géographique. Cependant, lorsqu’elles prennent cette décision ces personnes disparaissent purement et simplement des statistiques de PDI et semblent avoir rejoint les millions de Mexicains qui ont émigré au cours de dizaines d’années pour cause de pauvreté et d’insécurité. C’est ainsi que le problème du déplacement forcé se trouve minimisé et neutralisé.

En 2009, il y avait 254 demandeurs d’asile mexicains aux États-Unis. En 2010 ils étaient 2 973 et en 2011 6 133, sur lesquels seulement 104 individus – c’est-à-dire 2% de ceux qui en ont fait la demande – ont obtenu l’asile.

Au milieu de l’année 2012, un groupe s’est formé aux États-Unis se dénommant ‘Mexicains en exil’. Environ 160 personnes ont décidé qu’après avoir fui les assassinats, l’extorsion, les disparitions et la terreur, il serait stratégiquement plus judicieux pour eux de demander publiquement et de manière tout à fait visible l’asile politique  en avançant des motifs politiques comme fondement de leurs cas plutôt que de rester isolés et de se faire discrets. Le fait de s’associer face à une situation de cette gravité renforce le courage et la confiance des personnes concernées et leur procure un soutien émotionnel, social et, par-dessus tout, juridique et politique.

Le groupe Mexicains en exil donne du pouvoir à ses membres et leur permet de transcender la dimension personnelle de leur cas pour revendiquer que leur situation soit reconnue par la justice internationale et qu’une différence soit établie entre la migration due à la peur et le fait de demander l’asile politique.

Leticia Calderón Chelius lcalderon@mora.edu.mx est Professeure et chercheure à l’Institut Mora à Mexico www.institutomora.edu.mx

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