L’apprentissage connecté : évalué par des réfugiés

L’apprentissage connecté offre des possibilités pour étendre l’accès des réfugiés à l’éducation supérieure, un avantage tant pour les individus que pour les communautés.

Depuis 2013, l’organisation non gouvernementale Kepler et l’Université du sud du New  Hampshire (SNHU) ont mis en place un programme diplômant du premier degré agréé par les États-Unis destiné à des réfugiés et à des ressortissants rwandais. Le premier campus a été ouvert à Kigali en 2013, suivi en 2015 par un second campus à l’intérieur du camp de réfugiés de Kiziba à l’ouest du Rwanda. Les étudiants suivent un modèle « mixte » qui associe un enseignement en ligne par le programme de SNHU à des instructions et un soutien en face à face assurés par Kepler.

Pour des étudiants réfugiés comme nous (qui sommes diplômés de SNHU du programme Kepler de Kiziba), le fait d’aller à l’université n’est pas seulement une voie vers l’espoir et la dignité ; cela peut aussi avoir un impact positif pour nos communautés. Lorsque quelqu’un obtient un emploi, cette personne aide sa famille et d’autres individus à être autonomes à leur tour. Grâce aux avancées technologiques actuelles les agences humanitaires sont confrontées à une opportunité immense de contribuer à étendre l’accès des réfugiés à l’éducation. Sur la base de notre expérience du programme Kepler/SNHU du Rwanda nous offrons les recommandations suivantes : 

Faire en sorte de rendre l’éducation supérieure plus inclusive : les programmes doivent s’engager résolument à garantir l’accès des femmes et des personnes vulnérables au sein des communautés réfugiées comme des communautés hôtes. Par exemple, dans le campus de Kiziba un programme de leadership destiné aux femmes propose des classes préparatoires pour soutenir les candidates à améliorer leurs compétences et les encourager à s’inscrire à des programmes diplômants. Des interventions de ce type et une approche fondée sur l’équité des admissions ont réussi à obtenir une parité 50/50 entre les étudiants des deux sexes sur les deux campus. Les programmes d’apprentissage connecté donnent la possibilité d’une plus grande inclusivité que la plupart des programmes de bourses traditionnels : seulement 31 % des bénéficiaires de bourses du programme DAFI du HCR en 2017, par exemple, étaient des femmes[1].

Proposer des diplômes agréés : les étudiants qui terminent avec succès le programme Kepler/SNHU obtiennent un diplôme de premier degré dûment agréé par les États-Unis. La certification par les États-Unis signifie la reconnaissance du diplôme dans de nombreux pays et permet aux étudiants de poursuivre leur éducation supérieure. Si les programmes ne débouchent pas sur des diplômes, il est difficile qu’ils soient concurrentiels sur le marché local comme sur le marché mondial.

Prendre en considération les perspectives d’emploi : le programme se concentre sur des compétences visant la préparation à l’emploi, et en particulier le développement de compétences dans l’utilisation de logiciels courants et d’outils professionnels en ligne. Dans le cadre du programme de Kiziba, les étudiants doivent faire des stages – soit en entreprises au Rwanda ou à distance au sein d’entreprises internationales – afin d’obtenir une expérience et des compétences professionnelles concrètes. Ils acquièrent ainsi également des compétences professionnelles spécifiques liées à la communication, le leadership et le travail en équipes. Une équipe du département carrières à Kepler s’efforce d’établir des relations avec des employeurs locaux et aident les étudiants à poster et à trouver des postes à pourvoir.  En conséquence, 90 % des étudiants trouvent un emploi à temps plein dans les six mois qui suivent l’obtention de leur diplôme. Bien évidemment, l’emploi des réfugiés est une proposition beaucoup plus viable dans un pays comme le Rwanda – où les réfugiés jouissent de la liberté de mouvement et du droit de travailler dans le secteur officiel – que dans d’autres. Néanmoins, les programmes dans les pays d’accueil où les réfugiés ne bénéficient pas de ces droits devraient permettre aux étudiants de développer des compétences d’emploi autonome (et notamment d’emploi à distance ou en ligne) ou de trouver du travail dans leurs pays d’origine.  

 

Moise Dushime dumoise07@gmail.com

Eugenie Manirafasha eugeniesnhu1995@gmail.com

Kalenga Mbonyinshuti mbonyinshutijeremie@gmail.com

Diplômés de l’Université du sud du New Hampshire par l’intermédiaire du programme Kepler, programme de Kiziba www.kepler.org/kepler-kiziba  

https://gem.snhu.edu/

 

[1] Le Programme DAFI du HCR est l’un de deux programmes de bourses d’études qui fonctionnent au Rwanda spécifiquement dédiés aux réfugiés. Voir, HCR (2018) The Other One Per Cent – Refugee Students in Higher Education: DAFI Annual Report 2017 https://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/5bc4affc4.pdf

 

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