Avant-propos : La Syrie en 2018 – en quête de solutions

Cet important numéro de la Revue des Migrations Forcées attire notre attention sur les défis auxquels les Syriens déplacés sont actuellement confrontés et sur la quête continue de solutions. Les statistiques du déplacement syrien sont vertigineuses – et le nombre de déplacés continue d’augmenter. La moitié de la population syrienne a été déplacée : 5,5 millions de Syriens sont enregistrés en tant que réfugiés, tandis que plus de 6 millions d’entre eux sont déplacés de l’intérieur.

La tragédie du conflit en Syrie et l’ampleur du déplacement de ses habitants sont le reflet de tensions et de dysfonctionnements propres à notre région, qui reproduisent souvent des schémas mondiaux de même nature. Ces tensions et ces dysfonctionnements sont l’héritage irrévocable d’une gouvernance moderne erratique, tant sur le plan politique qu’économique, mais ils sont également, pour la plupart, la conséquence de problèmes sur lesquels nous pouvons agir directement, à savoir une volonté politique inadaptée et chancelante, l’insuffisance ou l’absence de réponse de la part des pays hôtes pour accueillir les réfugiés à court terme, l’insuffisance et le manque de coordination de l’aide humanitaire et au développement, la poursuite des tensions internes et des violences qui perpétuent le déplacement, la participation directe d’une demi-douzaine de pays étrangers, situés dans notre région ou au-delà, à la guerre sur le territoire syrien.

De nombreux pays et organisations ont offert leur assistance et pourtant, nous constatons également la lassitude du monde et son incapacité à élaborer une réponse cohérente et efficace qui pourrait mettre fin à la souffrance de ces millions de personnes déplacées. La Jordanie, le Liban et la Turquie accueillent la majorité des réfugiés syriens. Ils ont ouvert leurs frontières, leurs écoles et leurs hôpitaux, avec l’aide d’une assistance humanitaire internationale de grande envergure. De nombreuses communautés et personnes ont accueilli et aidé ces nouveaux arrivants. Toutefois, l’arrivée de réfugiés dans des communautés vulnérables et à faible revenu exacerbe également les problèmes existants et engendre de nouvelles tensions, en particulier sur le plan de l’emploi, des salaires et de la surutilisation des infrastructures. Malheureusement, certains pays d’accueil finissent par atteindre un point de rupture et fermer leurs portes aux nouveaux réfugiés. La lassitude des bailleurs et l’épuisement de la compassion se traduisent par une réception et des politiques d’accueil plus restrictives au Moyen-Orient et au-delà, tandis que la peur, la colère et même le désespoir consolident leur emprise.

Les traumatismes des personnes déplacées sont provoqués par les mêmes défaillances, disparités et dysfonctionnements sous-jacents et persistants qui sont responsables de la marginalisation humaine et des vulnérabilités à grande échelle dans certaines sociétés. Si l’on ne s’attaque pas aux facteurs profonds de cette indignité humaine, les déplacements se poursuivront, avec toujours les mêmes défis dans leur sillage.

Depuis longtemps, ces enseignements (y compris le fait bien réel que de nombreuses personnes déplacées ne retourneront jamais chez elles) font l’objet de débats. Aujourd’hui, les chercheurs, les organismes humanitaires, les organisations non-gouvernementales locales et les gouvernements des pays d’accueil devraient poursuivre une stratégie tout aussi vitale qu’incertaine : celle-ci doit faire fusionner les mécanismes d’aide humanitaire d’urgence et d’asile temporaire avec les promesses de développement et de dignité à plus long terme qui découlent de l’accès à des possibilités d’emploi et de séjour. Une telle approche permettra de soulager tant les populations déplacées que les communautés d’accueil.

Les réfugiés ont besoin de protection et d’accueil jusqu’à ce qu’une solution durable soit possible – une solution qui, pour les personnes choisissant le retour, doit se réaliser dans des conditions sûres, volontaires et dignes. Nous devons susciter la volonté politique et la mobilisation internationale nécessaires pour aider aussi bien les personnes déplacées que les communautés d’accueil, et nous devons également mieux financer le travail des organisations humanitaires locales venant en aide aux Syriens déplacés. Certaines initiatives récentes telles que le Pacte mondial pour la migration et le Pacte mondial sur les réfugiés laissent entrevoir des possibilités de progrès mais elles ne pourront porter leurs fruits sans un appui et des engagements considérables de la part des gouvernements. Nous devons soutenir les personnes déplacées pour qu’elles aient de nouveau la possibilité de vivre une vie digne et satisfaisante, que ce soit en retournant chez elles dans la paix ou en construisant ailleurs une nouvelle vie qui leur permettra, ainsi qu’à leurs voisins de s’épanouir ensemble.

Sa Majesté la Reine Noor Al Hussein de Jordanie eauk@peacebuilders.org

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