Rumeurs ou informations

Pour résoudre la question de leur futur immédiat, les Irakiens ont avant tout besoin d’informations fiables concernant la réinstallation et le retour.

Une étude menée en Jordanie en 20091 indique que le manque de transparence et d’information alimente une dynamique de désespoir parmi les déplacés et renforce les conditions qui les poussent à se fier aux ouï-dire lorsqu’ils doivent prendre des décisions concernant leur avenir.

Les gouvernements régionaux du Moyen-Orient affirment avec fermeté que l’intégration locale n’est pas de mise pour les réfugiés irakiens. Pourtant, selon les résultats de l’étude, les individus semblent avoir du mal à obtenir des informations concernant le processus pour traiter les demandes de réinstallation, les conditions dans les pays de réinstallation et la vie qui attend les rapatriés en Irak. Les responsables de la gestion des solutions durables - UNHCR, IOM, ambassades et départements gouvernementaux - hésitent à informer les réfugiés sur de tels sujets, en particulier sur la réinstallation. Ils pensent qu’un flux d’informations plus important pourrait rendre plus difficile la gestion de la population de réfugiés et pourrait faire augmenter le nombre de demandes de réinstallation frauduleuses. Alors que des campagnes d’information de masse ont été utilisées comme un outil pour mobiliser les communautés de réfugiés qui souhaitaient être rapatriés ou s’intégrer localement,2 cette stratégie est moins utilisée pour diffuser des informations sur la réinstallation.

Mais pour les agences qui facilitent la mise en place de solutions durables au Moyen-Orient, les informations relatives à la réinstallation et au rapatriement sont inégales du point de vue de leur sensibilité politique. Alors que les informations sur le rapatriement sont sensibles dans la mesure où, si elles sont incorrectes, elles pourraient mettre en danger le rapatrié, certains acteurs considèrent également que les informations sur la réinstallation posent une menace éventuelle à l’intégrité et à la stabilité du processus de sélection.

En particulier, les ambassades craignent que la diffusion d’informations détaillées parmi les Irakiens concernant les conditions dans différents pays de réinstallation ne les encourage à établir des comparaisons puis à chercher à gagner le pays qu’ils préfèrent, bien que les réfugiés n’aient en fait pas le droit de choisir le pays auquel UNHCR les réfère. Parallèlement, la politique d’UNHCR est de ne pas informer les Irakiens qui n’ont pas été retenus pour être réinstallés ailleurs.

Communiquer des informations

Les Irakiens déplacées en milieu urbain en Syrie, Jordanie et ailleurs au Moyen-Orient ont accès à une variété de médias, et les familles se réunissent souvent autour du poste de télévision pour suivre les informations sur leur pays d’origine. Il est d’ailleurs possible que des publicités télévisées soient diffusées dans un futur proche pour informer les réfugiés irakiens sur la possibilité de retourner en Irak. Toutefois, pour l’instant, les ONG ont commencé à imprimer des prospectus et créer des pages Facebook pour sensibiliser les Irakiens au programme de rapatriement soutenu par le Ministère irakien du déplacement et de la migration.

Il reste à savoir si les réfugiés se fient à ces informations lorsqu’elles proviennent de sources qui ne leur inspirent pas toujours confiance, comme le gouvernement irakien, les organisations humanitaires ou les agences de l’ONU. Alors que, dans le contexte du déplacement irakien, aucune campagne d’information massive n’est organisée pour aborder le sujet de la réinstallation, 80 % des personnes interrogées au cours de l’étude avaient approché UNHCR, IOM ou diverses ambassades pour essayer d’en savoir plus sur les conditions dans les pays de réinstallation et sur le processus à suivre.

Bien que de nombreux Irakiens aient déjà été réinstallés, un grand nombre de déplacés ne savent pas de quoi sera fait leur futur proche, et vivent dans l’incertitude depuis des années. Des rumeurs différentes circulent parmi les différentes communautés et il n’existe aucun programme qui s’adresse aux quartiers urbains pour y suivre l’évolution des questions que posent les réfugiés sur leurs options pour l’avenir.

Par exemple, au cours des entretiens, 20 % de toutes les personnes interrogées ont affirmé croire ou avoir entendu dire que, plus une personne exagère sa propre histoire au cours d’une audience pour une demande de réinstallation, plus elle a de chances que sa demande soit acceptée. Les rumeurs les plus fréquentes portent sur la crainte que les réfugiés irakiens soient coupés de toute assistance et soient ensuite rapatriés contre leur gré en Irak. Près de 40 % des personnes interrogées avaient entendu des rumeurs négatives sur la vie des Irakiens réinstallés aux États-Unis. Plusieurs ont également évoqué des rumeurs de mauvais traitements pour les individus rapatriés.

Les principales sources de ces informations étaient les autres Irakiens déplacés de leur communauté, suivies par les Irakiens qui s’étaient déjà réinstallés, qui avaient été rapatriés ou qui étaient restés en Irak. En conséquence, les connaissances des personnes interrogées semblaient être plus exactes lorsqu’elles concernaient des questions locales, telles que les conditions dans les rues de Bagdad où leur famille vivait ou dans les quartiers de certaines villes américaines où leurs amis avaient été réinstallés ; les informations d’ordre plus général étaient souvent moins exactes.

Informer en milieu urbain

Les obstacles à la communication d’informations ne sont pas tous spécifiques au contexte urbain. Dans les directives en matière de protection dans les camps, UNHCR cite de nombreux obstacles identiques.3 Cependant, la communication d’informations aux réfugiés en milieu urbain demande des stratégies différentes de celles qui sont utilisées dans les camps.

Les activités d’information concernant la réinstallation peuvent essayer autant que possible d’éviter de contribuer au développement de rumeurs en diffusant des informations par le biais de moyens plus intimes, tels que des séances de conseil, des groupes de dialogue avec des experts et des centres d’information ouverts à tous les Irakiens. Tout en donnant des informations plus transparentes sur le processus de réinstallation et les conditions de réinstallation dans différents pays, les séances en tête-à-tête avec des conseillers ou des spécialistes doivent aussi rendre les réfugiés conscients des risques qui accompagnent toute opposition au processus standard de traitement des demandes de réinstallation.

Comme les communautés de réfugiés irakiens sont souvent loin des bureaux de l’UNHCR, des stratégies prudentes de diffusion d’information doivent être mises en place, et, étant donné le caractère diffus des situations de réfugiés en milieu urbain, ces efforts de diffusion doivent s’étendre au-delà des capacités du seul UNHCR. Les campagnes d’information massives sont utiles et nécessaires, mais les ONG humanitaires et de défense des droits doivent également jouer un rôle d’information à plus petite échelle, au niveau individuel. En général, les ONG humanitaires sont en contact régulier avec un grand nombre d’Irakiens ; ainsi peuvent-elles incorporer à leur structure existante la mission de diffuser des informations. Dans les organisations humanitaires, les assistants de gestion des dossiers peuvent traiter de nouvelles questions mais aussi distribuer à un grand nombre d’individus des informations exactes concernant les solutions durables. De telles ONG collaborent souvent avec des organisations dirigées par des réfugiés, qui sont peut être plus conscientes des besoins en information et qui seraient plus à-même de disséminer des informations importantes. Les groupes de défense qui jouent le rôle de représentants officiels dans le processus de traitement des demandes sont peut-être mieux équipés pour dispenser des conseils juridiques directs et spécialisés à un petit nombre de réfugiés ; ces groupes sont également bien placés pour exiger une plus grande transparence des organes internationaux responsables de la gestion du processus de solutions durables.

 

Adam Saltsman (saltsmaa@bc.edu) est étudiant en doctorat au Département de Sociologie du BostonCollege. Au cours de l’été 2009, il fut basé au bureau jordanien de CAREInternational en tant que chercheur.
Les opinions exprimées dans cet article sont uniquement celles de l’auteur et ne reflètent pas celles de CAREou de toute autre organisation mentionnée.

1 Adam Saltsman, ‘Facing an Uncertain Future: Improving CARE’s capacity to provide displaced Iraqis in Jordan with information on resettlement and return’, novembre 2009.

2 UNHCR soutient une variété de campagnes d’informations dans de nombreux contextes ruraux de déplacement, tels qu’en Thaïlande et dans la région des Grands Lacs d’Afrique.

3 UNHCR, Operational Protection in Camps and Settlements: A reference guide of good practices in the protection of refugees and other persons of concern, Section d’appui aux opérations et des solutions, Division des Services de protection internationale, 2006. http://www.unhcr.org/448d6c122.html

 

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