Expulsions des zones protégées de la RDC

De plus en plus de personnes sont expulsées des zones protégées de la RDC, par le gouvernement et par les organisations internationales de conservation.

Les déplacements économiques et physiques motivés par la conservation ne peuvent pas être traités comme un problème mineur car ils affectent l’existence et les moyens de subsistance d’au moins 17 millions de personnes en RDC – environ 25% de la population totale du pays. L’établissement de nouvelles zones protégées qui atteignent une surface totale de 20 millions d’hectares et la protection accrue des sept parcs nationaux déjà existants de la RDC et de 57 autres zones protégées, qui couvrent également quelques 20 millions d’hectares supplémentaires, ont inévitablement un impact significatif sur les personnes qui vivent dans ces zones ou dépendent des ressources provenant de ces zones pour leurs moyens de subsistance.

Les normes actuelles définissent un déplacement causé par le développement comme un processus d’éviction obligatoire initié lorsque le besoin de ‘droit de passage’ est supposé l’emporter sur le ‘droit à rester’ des populations qui vivent là. En conséquence, les habitants locaux sont évacués de force et perdent leurs terres et/ou leurs maisons sont expropriées. Bien plus, dans un sens économique et sociologique, il y a déplacement non seulement lorsque le retrait des terres entraîne une réinstallation physique mais aussi lorsqu’un projet particulier de développement ou de conservation entraine une restriction de l’accès aux terres cultivées, aux zones de pêche et à la forêt, même si les utilisateurs traditionnels ne sont pas physiquement réinstallés mais qu’ils subissent une interdiction administrative d’utiliser les ressources naturelles. 

Cette opinion a trouvé un écho auprès de la Banque Mondiale qui, dans sa version la plus récente de sa politique de réinstallation inclut « la restriction involontaire de l’accès à des parcs et à des zones protégées légalement désignées comme telles » dans la même catégorie que le déplacement involontaire quant à ses effets et à la manière dont ils devraient être atténués.1

Le Virunga National Park établi en 1925 dans l’est de la RDC dans un but de recherche et de conservation est le parc national le plus ancien d’Afrique. Après l’indépendance en 1960, la création de revenus par  le biais du tourisme (principalement la visite des gorilles de montagne) est devenue un objectif additionnel. La population locale cependant n’a que peu bénéficié des revenus tirés du parc et n’a été impliquée à aucun moment dans la gestion ou la réglementation du parc. Dans le même temps, des personnes en nombres importants ont été déplacées de la zone toujours en expansion du parc ; l’accès à leurs ressources traditionnelles de subsistance dans le parc leur a été progressivement interdit et a été également significativement restreint même dans la zone tampon. Les populations locales, à leur tour, sont devenues plutôt hostiles et ont résisté – parfois violemment – à toute extension ou  renforcement de l’application de la loi. Dans un contexte de mise en échec de l’Etat dans le début des années 1990, les populations locales sont nombreuses à être retournées dans leurs anciens lieux d’installation à l’intérieur du Parc national.

Depuis 2003, les 180 000 personnes qui selon les estimations, vivraient à l’intérieur du parc sont devenues la cible d’un programme de réinstallation volontaire (connu sous le nom de ‘glissement volontaire’) organisé par l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) 2 et le WWF. En 2004, plus de 35 000 personnes ont été ‘réinstallées’ d’une zone au sud-est du lac Edward. Les responsables gouvernementaux admettent que ce déplacement a été effectué sous la menace des armes, qu’aucune assistance à la réinstallation n’a été fournie et qu’il n’y a pas eu de réhabilitation des moyens de subsistance des personnes affectées. Alors que le programme de réinstallation était supposé être volontaire et basé sur une consultation éclairée et antérieure au déplacement, les discussions que j’ai pu menées en 2006 avec les populations dans et autour du parc m’ont fourni les preuves du contraire ; les populations ne voulaient pas quitter le parc et elles ont essayé de résister, même sous la menace des armes.

 
« Premièrement les hommes de Mobutu ont pillé les terres, ensuite sont venues les bandes de Bemba, puis les Soudanais, et finalement la Lord’s Resistance Army, et maintenant ce sont les Parcs africains. » Une nonne de Faradje prés du Parc national de Garamba

L’idée de pousser des groupes importants d’agro-pastoralistes bien organisés et fortement armés dans l’environnement de la forêt tropicale avoisinante représentaient des risques non seulement pour la paix de la région (dans la mesure où les terres qu’on leur promettait étaient déjà occupées) et pour les moyens de subsistance à la fois des ‘réinstallés’ et des populations d’accueil mais aussi pour l’environnement parce qu’il semblait inévitable que les ‘réinstallés’ se mettent à déboiser la forêt sur leur nouveau site pour chercher à poursuivre leurs schémas traditionnels de subsistance.

A l’époque de l’administration coloniale, environ 9 000 Mbuti avaient été autorisés à rester sur leurs terres forestières à l’intérieur du Parc national Virunga, sur la base de la notion étrange selon laquelle ils ressemblaient plus à des animaux qu’à des humains. Après l’indépendance, la plupart d’entre eux ont été forcés de s’installer dans les villages à l’extérieur du parc.  Plus tard avec la faillite de l’Etat, la plupart sont retournée dans le parc mais lorsque les instances de gestion du parc ont été réorganisées ils ont de nouveau été forcés de quitter la forêt et de trouver des endroits de réinstallation. Ils n’ont reçu aucune assistance à la réinstallation. A l’heure actuelle ils n’ont aucun accès légal à des terres ou à des ressources naturelles et il ne leur reste en conséquence que d’être laboureurs sans terre.

« Nos nouveaux maitres … aiment mieux les animaux que les humains et ça ne les gênent pas que les gens souffrent du moment que les animaux sont heureux ». Chef Mbuti

 

Sans aucune implication de la population affectée dans les processus de prise de décisions et sans aucune assurance de garantie internationalement acceptée pour éviter la paupérisation, il n’est pas surprenant que les autorités et les organisations internationales de conservation soient bien souvent perçues comme d’autres « seigneurs de la guerre qui se saisissent d’autant de terres qu’ils peuvent »3 dans l’ombre de l’ensemble des conflits de la région.    

Kai Schmidt-Soltau (SchmidtSol@aol.com) dirige Social Science Solutions.

3 Rapporté à l’auteur par un chef traditionnel à Beni.

 

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