Un programme de bons d’achats innovant pour soutenir l’éducation primaire au Nord-Kivu

Les bons d’achat ont l’avantage de la souplesse, puisqu’ils peuvent être utilisés aussi bien pour couvrir les frais de scolarité que pour acheter des denrées de première nécessité. Ils autonomisent aussi les personnes qui, au cours de leur déplacement, ont perdu toute possibilité de choisir.

Les déplacements pendulaires provoqués par le conflit du Nord-Kivu sont bien documentés, les familles étant déplacées à plusieurs reprises d’un endroit à un autre. En 2009, la branche de RDC de Concern Worldwide a essayé pour la première fois une nouvelle approche visant à fournir non seulement des articles non alimentaires (ANA) - la réponse habituelle aux déplacements - mais aussi des graines, des outils et un soutien à l’éducation primaire par le biais d’une approche alliant bons d’achats et foires commerciales.

Afin d’optimiser le potentiel d’autonomisation, le programme ciblait uniquement les ménages les plus vulnérables et, au sein de ceux-ci, ce sont les femmes qui avaient été choisies pour recevoir les bons d’achat. Ces bons leur ont permis d’acheter des articles chez des commerçants locaux, réunis dans des lieux choisis d’une manière semblable aux foires ou aux marchés, en utilisant des bons d’achat d’une valeur fixe. Les commerçants pouvaient ensuite échanger les bons d’achat auprès de Concern contre la somme d’argent correspondante. En plus des commerçants, des directeurs d’école avaient également été conviés à participer aux foires. En échange des bons d’achats que les individus leur remettaient, ils donnaient des reçus estampillés confirmant le paiement de frais de scolarité pour tout ou partie d’un trimestre. Ils pouvaient ensuite également échanger ces bons auprès de Concern.

Les ménages bénéficiaires pouvaient généralement se procurer des articles contenus dans les kits d’ANA, tels que des jerrycans, des ustensiles de cuisine, etc. Ils pouvaient également décider d’acheter des pagnesde qualité, de meilleures graines et de meilleurs outils agricoles, et de payer les frais de scolarité de leurs enfants. Enfin, à la sortie du marché, ils recevaient des couvertures et du savon.

Impact du projet

Le programme, qui s’est déroulé de novembre 2008 à juin 2009, a porté assistance à 8 402 ménages. En plus de satisfaire les besoins humanitaires de cette population vulnérable, l’initiative a appuyé l’éducation primaire de 2 235 enfants.

Bien que l’évaluation initiale n’ait pas déterminé le nombre de ménages avec des enfants en âge de se rendre à l’école primaire, 21 % des bénéficiaires du programme ont utilisés les bons pour payer des frais de scolarité et 28 % d’entre ces ménages s’en sont servis pour plus d’un enfant. 43,7% des frais de scolarité concernaient des filles, ce qui vient en partie contredire l’idée reçue que l’éducation des filles n’est pas une priorité. De plus, les ménages interrogés ont indiqué qu’ils ont en général profité de cette occasion pour payer les frais scolaires de tous leurs enfants, parfois de certains d’entre eux, et qu’ils avaient l’intention d’économiser sur d’autres mécanismes d’adaptation afin de pouvoir continuer à financer la scolarité de leurs enfants pour les trimestres suivants. Les individus ont exprimé leur gratitude envers cette approche innovante, en particulier dans un environnement où l’éducation n’est pas un service gratuit pour tous.

Les directeurs d’école ont quant à eux signalé que l’argent recueilli avait servi à acheter des fournitures scolaires (telles que des livres et des craies), à rénover les infrastructures, à payer le salaire des enseignants et à payer le loyer de l’école. De plus, un autre avantage était de pouvoir continuer plus facilement l’année scolaire, en réduisant le risque de suspension et le besoin de répéter les leçons en raison de l’absence prolongée d’enfants dont les parents n’étaient pas auparavant en mesure de régler les frais de scolarité.

Une évaluation indépendante du programme1, menée par l’Overseas Development Institute, a conclu que la réussite des foires organisées par Concern prouve que « les organisations n’ont pas besoin « d’experts en matière de bons et d’argent liquide » mais plutôt d’employés compétents qui savent utiliser leurs capacités de gestion de projets et d’évaluation des urgences pour intégrer des solutions monétaires à leurs interventions ». Pour Concern et les autres organismes envisageant de mettre en place un système de bons, les évaluateurs ont émis les recommandations suivantes :

• Donner suffisamment de choix dans les foires : tous les bénéficiaires devraient avoir accès à des articles prioritaires identifiés au cours d’évaluations.
• Veiller à ce que les bénéficiaires qui ne comprennent pas le processus puissent obtenir une assistance les jours de foire.
• S’assurer que les prix soient équitables et correspondent à ceux des marchés locaux.
• Inclure un nombre suffisant de commerçants locaux.
• Utiliser des bons de faible valeur pour permettre une plus grande souplesse des dépenses.
• Promouvoir, de manière responsable, l’innovation dans les systèmes de bons mis en place (par ex. en introduisant de nouveaux biens et services).
• Inclure une composante robuste de suivi de la qualité.
• Dans les zones où les foires sont nouvelles, commencer par des foires de petite taille.

Le programme ciblait aussi bien les rapatriés que les familles déplacées. Même si les bénéficiaires étaient surtout des rapatriés, le caractère répétitif des déplacements rendait cette méthodologie tout aussi adaptée aux besoins des personnes déplacées. Ces familles sont souvent forcées d’exclure l’éducation de leurs dépenses prioritaires à cause de la menace constante du déplacement et parce qu’elles ont d’autres besoins, plus pressants, à satisfaire. Pour de nombreuses femmes, et pour leur famille, cette intervention a été une occasion opportune de dépenser selon leurs besoins individuels et de pouvoir utiliser leurs revenus limités pour satisfaire d’autres besoins.

Kokoévi Sossouvi (kokoevi@gmail.com) a travaillé jusqu’en février 2010 comme directrice du programme Urgences et moyens de subsistance pour Concern Worldwide en RDC. (Pour de plus amples informations sur le projet Concern, veuillez prendre contact avec Peter McNichol sur drc.cd@concern.net.2) L’auteure travaille actuellement comme directrice du programme de relèvement économique avec Mercy Corps en Haïti.3

2 Concern Worldwide continue de développer des méthodologies pour des systèmes de distribution d’argent liquide et de bons, qui sont d’une utilité précieuse en RDC. D’autres approches innovantes sont utilisées ailleurs pour satisfaire les besoins humanitaires, y compris au Niger où Concern propose des transferts monétaires par téléphone pour aider les habitants des zones rurales à subvenir aux besoins alimentaires de leur famille suite à de mauvaises récoltes.

3 Avec Mercy Corps en Haïti, elle suit une approche semblable mais par le biais de téléphones portables plutôt que de bons : les téléphones des bénéficiaires sont équipés d’un porte-monnaie électronique qui leur permet de réaliser des achats en créditant instantanément le téléphone du vendeur.

 

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