Technologie et sciences de l’ingénieur au service du travail avec les réfugiés

De nouveaux partenariats sont forgés pour encourager de jeunes ingénieurs à mettre leurs compétences au service des réfugiés.

Nous avons tous bénéficié des transformations mondiales remarquables permises grâce au travail des ingénieurs et des innovateurs. Ce qui autrefois était de la science-fiction est maintenant tout à fait normal. Tout cela n’aurait jamais pu se produire s’il n’y avait pas eu des ingénieurs et des compagnies motivés par le défi du problème à résoudre couplé à un gain commercial potentiel. Cependant, répondre aux besoins des réfugiés et d’autres populations marginalisées, nécessite de notre part de trouver le moyen d’attirer vers le domaine humanitaire, où le profit n’est pas le principal moteur, des ingénieurs talentueux et qui ont envie de relever des défis.

Attirer une nouvelle génération

Dans le domaine des sciences de l’ingénieur, la rémunération des nouveaux diplômés se situe au sommet de l’échelle des salaires. Pour réussir à attirer ce genre de personnes vers des carrières dont les bénéfices sont strictement humanitaires, il faut réussir à les inspirer en leur proposant un objectif plus élevé que le simple gain financier.

Les ingénieurs sont connus à travers l’histoire pour leur capacité à résoudre des problèmes pour le bien commun – et avec autant de conflits actifs partout dans le monde, la possibilité existe de reformuler les innombrable défis associés au soutien des réfugiés pour en faire un effort digne d’intérêt dans la grande tradition qui est celle des ingénieurs. 

Aujourd’hui, de nombreux jeunes ingénieurs cherchent une inspiration. Malheureusement, ils n’ont qu’une compréhension limitée des problèmes mondiaux relatifs aux réfugiés provenant principalement des médias de masse qui bien souvent décrivent une situation désespérée et motivée par des querelles politiques, ce qui ne constitue pas le message le plus efficace pour recruter de jeunes talents. Afin de résoudre ce problème, l’Institute Hunt Sciences de l’Ingénieur et Humanité (Hunt Institute for Engineering and Humanity) de l’Université Méthodiste du Sud (Southern Methodist University – SMU) a travaillé avec des enseignants de cette université à Dallas dans le but d’ajouter à ses programmes en sciences de l’ingénieur toute une série de programmes sur le développement mondial qui explorent les difficultés culturelles, financières, légales et bien entendu techniques auxquelles sont confrontés ceux qui vivent dans les pays du Sud, et notamment dans les camps de réfugiés. Des étudiants qui avaient l’intention d’obtenir des qualifications en sciences de l’ingénieur pour effectuer une carrière dans le commerce peuvent maintenant faire des choix éclairés sur la possibilité de poursuivre une vision alternative de ce que peut être l’ingénierie.1

Le récit d’un succès précoce

L’innovation technologique ne devrait pas être limitée aux ingénieurs professionnels ; des étudiants et des professionnels qui ne sont pas ingénieurs peuvent aussi trouver des solutions créatives. Lors de la première semaine que l’Institut Hunt a consacrée aux Sciences de l’ingénieur et à l’Humanité en avril 2011,  des équipes interdisciplinaires d’étudiants sont entrées en compétition sur l’élaboration d’une micro-entreprise complète destinée à fournir de l’eau potable et des services de rechargement de téléphones cellulaires depuis un abri de réfugiés temporaire. Les équipes en compétition ont élaboré un plan d’activités détaillé qui touchait non seulement à l’innovation des produits mais aussi aux difficultés liées à la commercialisation, à la vente et  à la  distribution. Parmi les concepts créatifs proposés, il convient de mentionner la location d’espaces de publicité sur l’extérieur de l’abri afin de promouvoir le produit à ceux qui font la queue pour les services, ainsi que le fait d’accepter un paiement par téléphone cellulaire pour l’eau ou pour recharger le téléphone. Les idées obtenues étaient novatrices, pratiques et, selon les juges de la compétition, viables.

Cette compétition à petite échelle a démontré avec succès à quel point une collaboration interdisciplinaire pouvait être efficace pour trouver une solution à des difficultés bien définies et ce, avec un bénéfice immédiat pour les communautés locales concernées.

Centres d’innovation de terrain  

En août 2011, l’UNHCR et l’Institut Hunt Sciences de l’ingénieur et Humanité de la SMU ont signé un accord établissant un cadre de travail pour renforcer le rôle des sciences de l’ingénieur et de l’innovation au service des opérations dans les camps  de réfugiés. Cet accord fait appel à l’ engagement concertés d’universités, d’instituts de recherche gouvernementaux et de compagnies privées pour qu’ils travaillent ensemble de manière à trouver des solutions aux problèmes techniques et infrastructurels les plus pressants qui se présentent à l’UNHCR dans son travail d’assistance aux réfugiés en matière d’eau, d’assainissement, d’abris, de communications et de soins médicaux.

L’un des éléments clés de ce plan consiste à collaborer au développement et au déploiement, dans un certain nombre d’endroits à l’intérieur ou près des camps de réfugiés et des bidonvilles urbains, de Centres d’innovation de terrain. Ces sites de recherches et de développement permettront aux chercheurs, aux ingénieurs, aux innovateurs et aux étudiants diplômés de travailler côte à côte avec ceux qui travaillent et vivent dans les camps de réfugiés. Ces Centres d’innovation de terrain, dont les employés seront des experts détachés par leur organisation, permettront d’exposer les ingénieurs et les scientifiques à la complexité de la réalité des problèmes rencontrés dans les camps, ce qui augmentera la probabilité d’aboutir à de véritables avancées.

Plus important encore, les Centres d’innovation de terrain s’appuieront sur une implication directe des communautés de réfugiés elles-mêmes pour développer et tester les solutions préconisées et particulièrement sur les réfugiés qui ont des compétences en sciences de l’ingénieur. Cela permettra de garantir que les solutions remplissent les besoins locaux techniques mais aussi culturels de la communauté tout en fournissant des opportunités pour développer une main d’œuvre spécialisée à l’intérieur des camps capable d’assurer l’entretien et la protection de ces nouveaux biens.

En outre, la création d’une base internationale pour l’innovation technique au sein des communautés de réfugiés que nous servons fournira la motivation humanitaire forte qui est nécessaire pour attirer les meilleurs ingénieurs du monde au service de ceux qui connaissent les besoins les plus importants.

Stephanie Hunt (EandH@lyle.smu.edu) siège au Conseil des Etats Unis pour l’UNHCR  et avec son mari, Hunter Hunt, elle est co-fondatrice de l’Institut Hunt Sciences de l’ingénieur et Humanité  à l’Université Méthodiste du Sud (SMU) dans le cadre de l’Ecole d’ingénieurs Lyle (Lyle  School of Engineering) (www.smu.edu/Lyle/HuntInstitute.aspx). Geoffrey C. Orsak (dean@lyle.smu.edu) est le Doyen de L’Ecole d’ingénieurs Lyle de la SMU (www.smu.edu/lyle.aspx) et il est aussi Professeur d’Ingénierie électrique.  

1 Ces nouveaux éléments de programme ont été introduits en 2011.

 

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